Skip to content

1 1 4 texte

Maintenant que nous avons étudié des techniques pour représenter et manipuler des nombres en binaire, intéressons-nous à d’autres types d’informations. Nous commencerons par le texte, c’est-à-dire des séquences de caractères. L’idée générale de la représentation (en binaire) des caractères consiste à faire correspondre à chaque caractère un et un seul nombre naturel, et à représenter le caractère par la représentation binaire de ce naturel. Comme il n’existe pas de manière universelle et naturelle d’associer un nombre à chaque caractère, il faut fixer une table, qui fait correspondre chaque caractère à un nombre.

Émile Baudot

Codes historiques: Émile Baudot et les téléscripteurs

Le besoin de représenter et transmettre de l’information de manière mécanique est une préoccupation qui a reçu une première réponse lors de l’introduction du télégraphe, où le fameux code Morse était utilisé pour représenter les lettres par une série de traits et de points. Au dix-neuvième siècle, un français, Jean-Maurice Émile Baudot1 invente le premier code pratique permettant de représenter tout l’alphabet latin (ainsi que des symboles de ponctuation usuels) sur \(5\) bits. Ce code est présenté à la figure ci-dessous.

La machine de Baudot comprenait un clavier de \(5\) touches, avec lequel on entrait les caractères à transmettre, selon le code que nous avons présenté. Le récepteur disposait d’une machine imprimant automatiquement les caractères transmis sur un ruban de papier. La cadence à laquelle les caractères pouvaient être transmis (par exemple, \(10\) caractères par minute) était mesurée en bauds, une unité que l’on connait encore aujourd’hui, bien qu’elle soit tombée en désuétude. Le système de Baudot sera plus tard amélioré pour utiliser du ruban perforé pour stocker les informations à transmettre. Cela donnera lieu aux téléscripteurs (ou teletypes en anglais, abbrévié TTY), sortes de machines à écrire qui ont la capacité d’envoyer et de recevoir du texte en utilisant le code de Baudot, sur des lignes téléphoniques. Ces systèmes ont été largement utilisés pour la transmission d’information, notamment par la presse, jusque dans les années 1980.

Le code Baudot, un système historique de représentation binaire des caractères (on peut associer le + à 1 et le - à 0), breveté en 1882 en France. On voit ici un extrait du brevet américain (1888).

Le code ASCII

L’évolution la plus marquante des développements historiques que nous venons de présenter est le code ASCII (American Standard Code for Information Interchange, présenté en 1967), qui est encore en usage aujourd’hui. Il comprend \(128\) caractères encodés sur \(7\) bits, et est présenté à la figure suivante.

Le code ASCII. Chaque caractère est représenté par une valeur hexadécimale sur 2 chiffres: le chiffre de poids fort est donné par la ligne, le chiffre de poids faible par la colonne.

Exemple :

Avec le code ASCII la chaîne de caractères MOOC NSI est représentée par (en hexadécimal):

4D 4F 4F 43 20 4E 53 49,

ou, en binaire, par:

\(100\ 1101\ \ 100\ 1111\ \ 100\ 1111\ \ 100\ 0011\ \ 010\ 0000\ \ 100\ 1110\ \ 101\ 0011\ \ 100\ 1001\)

\(\blacksquare\)

Ce code, bien adapté à la langue anglaise, ne permet pas de représenter les caractères accentués. C’est pourquoi plusieurs extensions ont vu le jour, sur \(8\) bits, où les 128 caractères supplémentaires permettaient d’encoder les caractères propres à une langue choisie. Par exemple sur l’IBM PC, ces extensions étaient appelées code pages. En voici deux exemples:

  • le code page 437: le jeu de caractère ASCII standard auxquels on a ajouté les caractères accentués latin;

  • le code page 737: le code ASCII standard plus les caractères grecs, voir figure suivante.

L’utilisation de ces code pages supposait que l’utilisateur connaissait le code qui avait été utilisé pour représenter le texte source, et qu’il disposait des moyens logiciels et matériels pour afficher les caractères correspondants. En pratique, cela se révélait souvent fastidieux, et donnait lieu à des surprises si on se trompait de code page

Le Code Page 737: une extension du code ASCII pour obtenir les caractères grecs. (“Code Page 737 — Wikipedia, the Free Encyclopedia” n.d.)

Unicode

Plus récemment, le projet Unicode2 a vu le jour, et s’est donné pour objectif de créer une norme reprenant la plupart des systèmes d’écriture utilisés dans le monde, et de leur attribuer un encodage. La version en cours d’Unicode est la version 11 et elle comprend \(137\ 439\) caractères. La norme Unicode associe plusieurs encodages à chaque caractère. L’encodage le plus courant est appelé UTF-8 : il s’agit d’un encodage à longueur variable car chaque caractère est encodé sur 1, 2, 3 ou 4 octets. Tous les caractères encodés sur 1 octet sont compatibles avec le standard ASCII. Les encodages sur 2, 3 et 4 octets sont utilisés pour représenter d’autres caractères, aussi exotiques soient-ils… Par exemple, la figure suivante présente l’encodage Unicode de l’alphabet Tagbanwa, en usage aux Philippines (“Tagbanwa (Unicode Block) — Wikipedia, the Free Encyclopedia” n.d.; “Tagbanwa” 1991).

La norme Unicode est devenue aujourd’hui bien adoptée, notamment par les sites et navigateurs web.

Extrait du standard Unicode, alphabet Tagbanwa (“Tagbanwa (Unicode Block) — Wikipedia, the Free Encyclopedia” n.d.).

“Code Page 737 — Wikipedia, the Free Encyclopedia.” n.d. Accessed September 1, 2017. https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Code_page_737&oldid=782268129.

“Tagbanwa.” 1991. The Unicode Consortium. http://www.unicode.org/charts/PDF/U1760.pdf.

“Tagbanwa (Unicode Block) — Wikipedia, the Free Encyclopedia.” n.d. Accessed September 1, 2017. https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Tagbanwa_(Unicode_block)&oldid=775143371.


  1. Ingénieur français, né le 11 septembre 1845, mort le 28 mars 1903. 

  2. Le consortium qui conçoit et publie Unicode possède un site web https://unicode.org/